Passante
Elle traverse – aveugle sur sa beauté – une rue baignée de douceur printanière
Hagard, dispersé, je déambule à tâtons, égaré dans la banalité. Etrangère maladroite, elle m’apparaît soudain dans sa chute – ange déchu se déployant lascif au coin de mon regard
Ses jambes commencent dans les complaintes bleutées d’une jupe froissée pour se terminer dans les chaussons étoilés d’une almée amoureuse. Elle se détourne et la réalité s’emporte dans les contours d’un chemisier dansant
Blancheurs des gestes, passions envoûtantes, la souffrance s’attarde sur un cœur nécrosé. Sa nuque majestueuse se dessine dans l’insolence d’un ciel entraînant. Une chevelure, parfum du désir, le soleil s’essouffle et l’ombre divague
Elle court, elle me fuit. Je quête dans son pas les traces de l’étreinte. Son regard s’arrête, le divin s’apprête, les êtres se mélangent.
Fuite de ses lèvres, disparition et chant du malheur. Sur sa silhouette évanescente, les voiles s’étendent. L’existence lumineuse s’éteint dans une fragilité cristalline
Les courbes de mon rêve se brisent, tendresse du souvenir, je rejette les cruautés de la mémoire
Son image, évanouissement voluptueux, désiré, calme, serein, implacable, dérangeant, haï
Le présent à nouveau creuse dans mes mains des sillons noirs
Les objets se replacent, le monde reprend de sa terrible allure le visage du ressentiment
Quotidien de la douleur, le gris s’égoutte dans l’espace malingre
Cité de la solitude, les vertiges perdurent, les murs s’écroulent, l’âme se déverse
Une bile amère se répand, les cicatrices se figent. Stigmates de la nuit
Et l’ombre m’embrasse à pleine bouche de son éternité sinistre, implacable, funeste.
Dessin: Garance Doré
Texte: Rodhlann
