La porte claque

Tout s’assombrit. Assis sur une chaise branlante, il laisse entrer le mercure dans ses poumons. La vie le désintéresse, la seule distraction encore imaginable est morte dans un cri écarlate. La tête appuyée sur un mur suintant, les poings serrés, son regard vitreux s’oublie dans les noirceurs d’un carrelage abandonné. Une ampoule se balance sur la désillusion nocturne, la lumière blafarde fait danser les abîmes d’ombre en ombre, de réalité en réalité. Le cauchemar tournoie et bascule dans un néant renouvelé. La nausée n’existe pourtant plus. Ses mains déformées portent à sa bouche d’un mouvement lent et terrible une cigarette. Un cliquetis résonne comme les pleurs des princesses urbaines, le feu s’arrête sur les phénomènes brisés d’un visage sévère. Seul un faible rougeoiement brille dans les ténèbres habitées – dessins étoilés. Le mégot brûle, il se meurt. Lui aussi. D’un geste brusque, surprenant de vigueur, il étale ses blessures et tente en vain d’attraper la liberté fumeuse. Plus besoin, il est cette liberté fumeuse, dépouillée de toute espèce de conscience. Un sourire terrible déforme les contours de ses lèvres. Il découvre sa soif du vide. Un vide envoûtant aux aspérités tranchantes comme les seringues de la transcendance. Isolé, le voilà isolé parmi tous, détaché, le voilà détaché parmi tous. Un tremblement traverse les traumas de son corps. L’animal se contemple dans ses yeux éteints. La cruauté visqueuse se présente dans le fracas de l’émotion. La solitude n’est plus un problème, elle va devenir la violence d’un plaisir – le plaisir de l’instant. La brutalité décharnée de ses gestes le dresse au milieu de la chambre. Un endroit miteux, colère d’une civilisation torturée. Il observe transi ses pattes informes et aperçoit en elles la férocité de l’avenir. Ses bras déployés, il enfile les chaleurs d’un manteau. Il doit partir. La porte claque.  

 

 Texte: Rodhlann


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