Prière
Agenouillée, humide. Les larmes se mélangent à la pluie d’hiver. Un vent froid souffle entre quelques bancs secs. Des bas résille déchirés. L’air angélique du sursis. Elle place ses mains l’une dans l’autre comme pour unifier sa chair divisée. Ses doigts humbles et souillés tremblent dans la solennité d’un matin évidé. Une lumière désertique torture la réalité. Le monde est laid. Et elle, agenouillée, humide, elle pleure. Un faible murmure s’élève au-dessus des terribles pierres. Les cruautés de la piété. Elle est belle agenouillée dans sa souffrance. Un murmure, toujours le même, de plus en plus fort. Son corps compulse sous le poids d’un effroyable tremblement. Elle vomit, oui, elle vomit l’humanité. La viande putréfiée s’entasse en un amas indigeste. Un visage éteint, ensanglanté contemple. Les douleurs partagées. Le murmure se transforme en un cri informe, frénétique. La prière d’une prostituée.
Texte: Rodhlann
